Dimanche 13 janvier 2008
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Voici une nouvelle écrite pour un devoir au lycée. La consigne était d'écrire une nouvelle, où la lumière joue un rôle important.
Au mexicain...
Le réveil sonne, c’est un jour comme les autres. Le temps de me tirer de ma
léthargie, et je monte dans le bus alors qu’il fait encore nuit noire. Toute la matinée s’agitent autour de moi des gens froids comme la glace des lacs, pressés, polis, bien comme il faut. Des
gens qui ne me ressemblent pas. Alors que s’écoule lentement ce début de journée, je regarde par la fenêtre close et admire le ciel enflammé derrière l’église. Peut-être fera-t-il
beau ?
La cloche sonne, je remonte dans le bus. Je suis partie pour un long voyage, une heure à voir défiler
les arbres meurtris par l’hiver, les champs où la neige n’est déjà plus qu’un souvenir, les rues désertes et tranquilles. Le soleil brille fièrement dans le ciel, orgueil du dirigeant de retour
auprès de ses sujets, après la morsure du froid. Le ciel, d’un bleu profond et uniforme, semble lui faire honneur par sa grandeur royale.
Le repas achevé et de retour dans l’intimité réconfortante de ma chambre, j’organise mentalement le
programme de l’après-midi. D’abord, il faut emmener Fanny à la danse, car elle déteste être en retard. Ensuite, Joël a son cours de tir à l’arc. Il adore quand je l’accompagne, et j’aime voir sa
mine réjouie lorsqu’il rejoint tous ses petits camarades. Cela me permet d’oublier un peu les diverses responsabilités que l’on acquiert en grandissant…J’entends déjà Fanny qui s’impatiente dans
l’entrée. Elle ne va pas tarder à venir me chercher, je ferais mieux d’y aller !
Nous passons tous les trois devant le terrain de jeu. Joël veut s’arrêter cinq minutes, je lui rappelle
que nous ne pouvons pas nous accorder un arrêt, au vu de l’heure où nous avons quitté la maison. Il boude un peu, mais oublie bien vite cette histoire. Pour ma part, le terrain de jeu me rappelle
l’insouciance que je ne me permets plus. A presque seize ans, il y a de la place dans notre tête pour bien des choses, mais pas les enfantillages.
Je me tiens là, immobile. Fanny est à la danse, Joël au tir à l’arc, j’ai fait mon devoir. Pourtant, sur
le chemin du retour, je n’ai pu m’empêcher d’aller vers les balançoires. Je me rappelle, il y a un ou deux ans, lorsque responsabilité n’était encore pour moi qu’un mot inutile, je pouvais passer
des heures à me balancer, perdue dans mes pensées. La vie me semblait alors si facile…Peut-être pourrais-je…Juste un peu ? Je me mets doucement à mon aise sur le siège en plastique noir, me
laissant envahir par tant de souvenirs. Un étrange bien-être s’empare de moi, je souris, et ce sourire est comme une luciole dans mon être, halo lumineux déambulant dans l’obscurité envahissant
parfois mon esprit.
En avant. En arrière. En avant. En arrière. Je ferme les yeux, me laisse porter par le mouvement. Je
sens le vent caresser mon visage, s’infiltrer dans mes cheveux. Seul le discret grincement des chaînes vient troubler le silence. Je laisse échapper un soupir de bonheur.
En avant. En arrière. En avant. En arrière. Depuis combien de temps suis-je ici ? Je n’en ai aucune
idée, et cela m’importe peu, car, enfin, j’ai la sensation d’être libre. Pourtant, un étrange sentiment s’empare de moi, peu à peu. J’ai l’impression qu’il y a quelqu’un qui s’approche. En
prenant bien soin de ne changer en rien mon attitude, je me concentre davantage sur les sons que je perçois. Un oiseau qui chante. Il s’envole dans un bruissement d’ailes. La douce mélopée des
chaînes. Soudain, un autre bruit vient à mes oreilles, à peine audible, le bruit d’un caillou sur lequel on pose le pied. Puis, plus rien. Je pense que la personne est immobile. Le temps semble
comme suspendu. Un moment d’éternité.
Doucement, j’ouvre les yeux, comme un chat qui se réveille. Il est là, en face de moi. Les mains dans
les poches de son jean délavé, son pull noir et vert, ses cheveux clairs dissimulant son front en un geste presque aquatique, mais enfin et surtout ses yeux. Des yeux d’enfant, des yeux rieurs et
pleins de fantaisie. Des yeux dans lesquels mille milliards d’étoiles scintillent de mille feux, où la flamme est plus enivrante qu’ennemie. Un regard qui dit : « Suis-moi, je sais
qu’on sera bien tous les deux. » La douce assurance du bonheur enfin trouvé. Nos âmes aux lueurs vacillantes se rejoignent en un éclat joyeux, nos cœurs battent à l’unisson.
J’arrête le mouvement des chaînes. Toujours immobile, un sourire merveilleux apparaît sur son visage, et
je crois être déjà achevée par tant de bonheur. Il me tend la main. Je m’avance, et la prend dans la mienne. Elle est si douce, comme son être tout entier. Un ange est apparu, ô Seigneur, mais
cet ange-là n’est pas à toi. Doucement, je le suis. Qui a dit qu’il ne fallait pas suivre la lumière ? Je connais mon chemin à présent, il est dans le sillage de mon étoile.
Finalement, ce n’était peut-être pas un jour comme les autres.
VoS PeTiTs mOtS